En France, le Code du travail n’impose pas d’encadrement spécifique pour la surveillance de la santé des télétravailleurs, alors même que l’isolement social et les troubles musculo-squelettiques progressent depuis 2020. Selon l’Assurance Maladie, les arrêts de travail pour troubles psychiques liés au travail à distance ont augmenté de 25 % en deux ans.
Face à ces évolutions, les employeurs restent responsables de la santé et de la sécurité, y compris à domicile. Dispositifs de prévention, adaptation du poste et accompagnement psychologique deviennent des enjeux majeurs pour limiter les impacts sur la santé physique et mentale des salariés.
Comprendre les nouveaux enjeux du télétravail pour la santé des salariés
Le télétravail n’a plus rien d’une exception : depuis la crise du Covid-19, il s’est glissé dans le quotidien de millions d’actifs. L’INRS le définit comme toute activité exercée hors des locaux de l’employeur, grâce aux outils numériques, une pratique encadrée par l’article L1222-9 du Code du travail et l’Accord National Interprofessionnel du 26 novembre 2020. Le changement est massif : la part des télétravailleurs a explosé, passant de 7 % avant la pandémie à 17 % aujourd’hui.
Les entreprises françaises ont saisi cette dynamique sans attendre de nouvelles lois. Réduction des trajets, horaires plus souples, équilibre renforcé entre vie privée et obligations professionnelles : autant d’atouts fréquemment mis en avant. L’ADEME observe d’ailleurs une influence positive sur l’empreinte carbone, et Malakoff Humanis note une amélioration ressentie de la qualité de vie au travail.
Mais les avantages masquent parfois des réalités plus sombres. Santé Publique France et l’INRS invitent à la prudence : nouvelles formes d’isolement, sédentarité, douleurs articulaires, fatigue des yeux, risques psychosociaux. Jamais autant de temps passé devant un écran ; jamais autant d’attention portée à la qualité de l’air intérieur ou au bruit ambiant du domicile.
Pour mieux cerner ces risques, voici les aspects à surveiller de près :
- Risques du télétravail : isolement social, sédentarité, troubles musculo-squelettiques, stress, surcharge mentale
- Mise en place du télétravail : accord collectif ou charte, accompagnement, évaluation des impacts
Le déploiement du télétravail ne se limite pas à la gestion de crise. Il a été accéléré par des circonstances fortes, pandémie mondiale, organisation des Jeux Olympiques pour les Franciliens, qui ont obligé les entreprises à revoir leurs méthodes. Les recommandations de l’INRS, de l’ADEME ou des professionnels de santé publique servent désormais de boussole pour ajuster les pratiques, prévenir les dérives et soutenir les salariés.
Quels sont les principaux risques physiques et psychiques liés au travail à distance ?
Le télétravail modifie radicalement la façon de travailler, jusqu’à brouiller les frontières entre sphère privée et sphère professionnelle. Côté physique, le constat est net : la sédentarité s’installe. Rester assis des heures, souvent avec un matériel inadapté, multiplie les troubles musculo-squelettiques (TMS). Dos en compote, nuque raide, poignets douloureux : la moindre négligence ergonomique se paie cash. Les yeux non plus ne sont pas épargnés. Fatigue visuelle, irritations, maux de tête s’ajoutent à la liste, aggravés par un éclairage mal choisi ou des écrans mal réglés.
L’environnement domestique réserve aussi son lot de surprises. La qualité de l’air intérieur devient décisive : polluants, CO2, composés organiques volatils, moisissures. Un air vicié ou lourd perturbe la concentration et pèse sur la santé. Côté bruit, le calme rêvé fait parfois place à un fond sonore permanent : voisins, travaux, famille, tout devient source de distraction et de fatigue.
Les menaces ne s’arrêtent pas là. L’isolement social et professionnel gagne du terrain, particulièrement chez les femmes, davantage exposées aux risques psychosociaux (RPS). Avec le stress, l’anxiété et le sentiment de surcharge mentale, le télétravail peut tourner au piège. Une communication distendue, des repères flous, un contrôle difficile : la ligne entre vie perso et vie pro s’efface et l’hyperconnexion s’installe. La motivation s’effrite, l’épuisement professionnel menace même les plus volontaires.
Pour illustrer les risques de façon claire :
- Risques physiques : TMS, sédentarité, fatigue oculaire, exposition aux polluants, nuisances sonores
- Risques psychiques : isolement, stress, surcharge cognitive, difficultés à décrocher du travail
Gagner du temps sur les trajets ne suffit pas à compenser ces nouvelles contraintes. La vigilance s’impose, aussi bien pour la santé du corps que celle de l’esprit.
Employeurs : obligations légales et responsabilités face au bien-être des télétravailleurs
La responsabilité de l’employeur s’étend désormais jusque dans le salon ou le bureau du salarié. Le Code du travail (article L1222-9) et l’Accord National Interprofessionnel de 2020 l’affirment : la prévention des risques professionnels s’applique aussi au télétravail. Santé et sécurité demeurent des obligations qui ne souffrent aucun compromis.
Le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels) doit intégrer sans détour les risques spécifiques du travail à distance : douleurs articulaires, isolement, charge mentale excessive. La consultation du CSE, et, le cas échéant, de la CSSCT, s’impose lors de toute évolution du dispositif. La gestion de la charge et du temps de travail devient centrale pour éviter l’hyperconnexion et ses dérives.
L’entreprise doit fournir un équipement informatique et ergonomique adapté. Le droit à la déconnexion n’est pas négociable, c’est une obligation inscrite dans la loi. Et si un accident se produit à domicile dans le cadre du télétravail, il peut être reconnu comme accident du travail.
Pour répondre à ces exigences, voici les axes incontournables :
- Mise à jour du DUERP pour prendre en compte les risques du télétravail
- Consultation systématique du CSE et de la CSSCT lors des changements
- Fourniture d’outils et équipements ergonomiques
- Application stricte du droit à la déconnexion
Former les managers et les équipes au travail à distance constitue un appui décisif pour prévenir les risques psychosociaux et maintenir la qualité de vie au travail.
Des solutions concrètes pour prévenir les troubles et favoriser un télétravail équilibré
Un poste de travail bien pensé : voilà la base pour limiter les troubles musculo-squelettiques et soulager la vue. L’INRS recommande un siège réglable, un écran à la bonne hauteur, des pauses fréquentes. Misez sur la lumière naturelle, limitez le bruit, évitez de garder la même posture trop longtemps. Les entreprises ont la responsabilité de fournir un matériel ergonomique : clavier, support écran, repose-pieds si nécessaire.
Pour limiter les risques psychosociaux, les rituels collectifs gardent toute leur valeur. Si une visioconférence ne remplace pas la convivialité du bureau, instaurer des points d’échange réguliers, une hotline ou des groupes de parole aide à réduire l’isolement social. Le CSE peut proposer des ateliers dédiés à la gestion du stress ou à la séparation des temps professionnels et personnels.
La qualité de vie au travail passe aussi par la vigilance environnementale. Meersens le rappelle : CO2, nuisances sonores, température, polluants, chaque détail compte. Un air malsain ou un bruit constant nuisent à la concentration. Des outils numériques existent pour évaluer régulièrement le cadre de travail à domicile.
L’accompagnement des managers fait partie du dispositif. Il s’agit de les former à repérer les signes de fatigue ou d’isolement, à intervenir dès les premiers indices de surcharge. La CSSCT peut orienter et conseiller les salariés fragilisés. La prévention s’inscrit dans la durée, par la formation, la transparence et l’attention collective.
Voici les mesures concrètes à privilégier :
- Poste ergonomique et pauses régulières
- Points d’échange fréquents pour rompre l’isolement
- Contrôle de la qualité de l’air et du niveau sonore
- Managers formés à détecter les signaux faibles
Le télétravail reste un équilibre à construire, pas un acquis définitif. Pour que la maison ne devienne pas une nouvelle source de risques, chaque acteur doit garder son cap et sa vigilance.


